11. Les inégalités de revenus et patrimoine des ménages



La répartition des richesses créées par les activités de production s’effectue en deux étapes : la répartition primaire rémunère les facteurs de production dans une première étape, puis la répartition secondaire modifie la répartition primaire par des mécanismes de redistribution, Après les opérations de redistribution, des inégalités subsistent Les inégalités de revenus s’expliquent principalement par les mécanismes de formation des salaires et sont amplifiées par les inégalités de patrimoine.

 

I. La répartition des revenus

A. Le partage de la valeur ajoutée

La valeur ajoutée brute est calculée en déduisant des ventes d’une entreprise tous les achats effectués auprès d’organismes extérieurs. C’est donc ce qui reste à l’entreprise quand elle a payé ses fournisseurs.

La valeur ajoutée est dite « nette » si l’on enlève les amortissements, c’est-à-dire les sommes dépensées par l’entreprise pour renouveler ses machines du fait de l’usure physique ou économique (obsolescence) du capital.

Elle est dite « au coût des facteurs » si l’on retranche de la valeur ajoutée brute les impôts sur la production.

La valeur ajoutée des entreprises se partage en trois parts :

  • celle destinée à l’État ;
  • celle destinée aux salariés ;
  • le reste revenant aux apporteurs de capitaux, actionnaires, créanciers et dirigeants.

La part non distribuée est conservée en réserves par l’entreprise pour l’autofinancement.

La répartition des revenus entre les groupes sociaux (salariés, actionnaires) constitue un des enjeux du partage de la valeur ajoutée.

Ce partage a des implications à la fois économiques et sociales :

  • économiquement, il détermine l’importance relative des flux de consommation et d’investissement. Si une part importante de la valeur ajoutée est accordée au travail, la consommation sera favorisée. Si, au contraire, c’est le capital qui est davantage rémunéré, c’est l’investissement qui pourra être accru ;
  • socialement, le partage de la valeur ajoutée traduit le pouvoir des salariés (en particulier à travers leurs syndicats) dans les négociations salariales. Faible en période de fort chômage, la part du travail dans la valeur ajoutée augmente avec la reprise du marché de l’emploi. Ce partage peut donc être source de conflit entre les salariés et la direction de l’entreprise.

B. La formation du revenu disponible des ménages

Le revenu disponible résulte des revenus issus de la répartition primaire et de Sa redistribution (ou répartition secondaire) opérée par l’État.

1. Les revenus primaires des ménages

Les revenus primaires sont perçus par les ménages en contrepartie de leur participation au processus de production. On distingue :

  • les revenus salariaux ou revenus du travail (salaires) ;
  • les revenus de la propriété ou revenus du capital (revenus des valeurs mobilières, revenus foncier ou immobiliers) ;
  • les revenus mixtes, qui rémunèrent à la fois le travail et la propriété du capital (pour les entrepreneurs individuels tels que les agriculteurs, les commerçants, les artisans, les professions libérales…).

2. La répartition secondaire (ou redistribution)

La redistribution des revenus a pour objectif de diminuer les inégalités entre Ses ménages. Elle s’effectue grâce au prélèvement d’impôts et de cotisations sociales et au versement de revenus de transfert (allocations familiales, indemnité chômage, allocation logement, RSA, etc.).

Revenu disponible = Revenu primaire – Impôts et cotisations sociales + Revenus de transfert La répartition secondaire augmente le revenu disponible des ménages les plus pauvres et diminue le revenu disponible des ménages les plus riches.

 

II. Les mécanismes de la formation des salaires

A. La formation des salaires

Le salaire constitue la rémunération du travailleur lié à son employeur par un contrat de travail. Le salaire nominal est mesuré en prix courants. C’est le salaire qui est indiqué sur la fiche de paie.

Le salaire réel correspond au salaire nominal évalué en euros constants. Son calcul permet d’apprécier l’évolution du pouvoir d’achat des ménages salariés.

Les partenaires sociaux (organisations professionnelles représentatives des employeurs et des salariés) négocient les conventions collectives au niveau d’une branche d’activité. Le rôle des conventions collectives est très important : elles fixent les grilles de classification (définition des différents emplois), les grilles de salaires, les salaires minima mensuels et les garanties sociales qui s’appliquent à la branche considérée.

Une convention collective peut faire l’objet d’une extension par le ministre du Travail à l’ensemble des entreprises de la branche. La convention collective s’applique alors à tous les salariés et à tous les employeurs de la même branche d’activité, même si certains employeurs ou syndicats s’y opposent.

Les augmentations de salaires sont aussi le résultat de négociation entre les partenaires

sociaux. Le résultat de cette négociation dépend de la situation du marché du travail :

  • s’il y a pénurie de main-d’œuvre, la demande de travail émanant des entreprises est plus importante que l’offre de travail des salariés. Elles accordent plus facilement une augmentation des salaires ;
  • en cas de chômage massif, l’augmentation de salaires est plus difficile à obtenir car la demande de travail est inférieure à l’offre de travail.

Remarque : le raisonnement ne vaut que pour une négociation collective, et non pour une négociation individuelle entre un salarié et son employeur.

Les facteurs qui influent sur le salaire sont le diplôme, la qualification, l’âge, l’ancienneté dans l’entreprise, la région, le secteur d’activité, la taille de l’entreprise, le temps de travail du salarié (plein temps ou temps partiel)

B. L’action de l’État

1. La fixation d’un salaire minimum

Le salaire minimum de croissance (Smic) est le salaire horaire minimum légal en France. Il a été institué par une loi du 2 janvier 1970. Il a pris la succession du Smig (salaire minimum interprofessionnel garanti), créé en 1950. Le Smic est revalorisé au 1er janvier de chaque année en fonction de l’évolution de l’indice des prix à la consommation, Le gouvernement peut aussi ajouter un « coup de pouce » à ces augmentations pour favoriser les bas salaires (un salarié sur 5 est payé au Smic).

Lorsque le Smic augmente, il y a un effet de diffusion dans l’ensemble de la grille des salaires. Les salaires proches du Smic augmentent également pour respecter la hiérarchie salariale.

2. L’intervention de l’État dans le secteur public

La rémunération des fonctionnaires est fonction de l’ancienneté et du grade. L’agent de la fonction publique se voit attribué un indice qui sert de base au calcul de son salaire. La « partie indiciaire » représente la plus grande part du salaire qui comporte aussi une « partie indemnitaire » composée d’indemnités variant selon les ministères.

3. L’intervention de l’État dans le secteur privé

En plus de la fixation du Smic, l’État intervient dans le secteur privé en incitant les entreprises à négocier sur les salaires.

Toutes les entreprises où, au minimum, une section syndicale d’organisations représentatives est constituée, sont soumises, par le Code du travail, à l’obligation annuelle de négocier sur les salaires, soit au niveau de leur branche professionnelle, soit au niveau de l’entreprise.

Pour inciter les entreprises à respecter cette obligation, la loi sur les revenus du travail du 3 décembre 2008 subordonne le bénéfice des allégements de certaines cotisations sociales patronales au respect, par les entreprises, de cette obligation de négocier. Elle prévoit, en outre, une réduction de 10 % des allégements de certaines cotisations sociales patronales au respect, par les entreprises de cette obligation de négocier.



III. Les inégalités

A. Les inégalités de revenus et de patrimoine

1. Les outils statistiques d’étude des inégalités de revenus et de patrimoine L’étude des inégalités s’appuie sur différents outils statistiques

  • Le revenu médian partage la distribution des revenus des ménages en deux parts égales : 50 % des ménages sont en dessous du revenu médian et 50 % au-dessus.
  • Les quantiles (déciles, quintiles, quartiles, centiles…} regroupent les ménages par « tranches ».
  • Les ménages sont classés par ordre croissant de revenus ou des patrimoines, on les divise en groupes de taille égale (10% des ménages pour les déciles, 20% pour les quintiles, 25 % pour les quartiles…, 1 % pour les centiles).

Le rapport interquantile (interdécile, interquintile, interquartiles, intercentile) permet de comparer les extrêmes. Ainsi, par exemple, le rapport interdécile, le plus souvent utilisé, permet de comparer les revenus ou les patrimoines des 10 % de ménages les plus riches aux 10 % de ménages les plus pauvres. Il est intéressant d’étudier l’évolution de ce rapport interdécile pour mesurer les inégalités de revenu et de patrimoine.

  • La courbe de Lorenz : la courbe de concentration de Lorenz mesure la concentration d’un phénomène (ici, le revenu ou le patrimoine). En abscisses, on porte les déciles (classés, par convention, des plus pauvres aux plus riches). En ordonnées, on porte le pourcentage cumulé du revenu ou du patrimoine détenu par le décile correspondant.

  • L’indice de Gini : ce coefficient évalue la dispersion d’une série statistique. Il se définit à partir de la courbe de Lorenz. L’indice de Gini est !e double de la surface délimitée par la courbe de Lorenz et la diagonale du carré unité.

L’indice de Gini est toujours compris entre 0 et 1: 0 correspond à une société très égalitaire et 1 est la situation dans laquelle un seul individu concentre l’ensemble des richesses.

2. Les inégalités de revenus

Les inégalités de niveau de vie sont mesurées par l’écart interdécile (rapport entre le revenu des 10 % !es plus riches et le revenu des 10 % les plus pauvres de la population). En France les inégalités de revenus augmentent, mais elles demeurent dans la moyenne de l’Union européenne.

3. Les inégalités de patrimoine

Les inégalités de répartition du patrimoine sont beaucoup plus fortes que celles des revenus. Cela s’explique de plusieurs façons : d’une part, les héritages sont en général plus élevés dans les familles à hauts revenus. D’autre part, des revenus plus élevés génèrent une plus forte capacité d’épargne et d’endettement, et donc, année après année, une plus forte accumulation patrimoniale.
Cette tendance à perpétuer les inégalités sociales de génération en génération est la reproduction sociale.

B. Les inégalités de salaires

Les gains de productivité tirent les salaires vers Se haut puisque, avec le même temps de travail, on produit plus, on peut donc répartir plus.

Mais si le coût du travail (salaires plus charges sociales) augmente plus vite que la productivité, les travailleurs les moins qualifiés qui ne peuvent améliorer leur productivité sont éliminés, ce qui entraîne l’augmentation de la productivité moyenne des salariés restants. Il en est de même en cas de réduction du temps de travail, mais le coût du travail augmente, car pour un salaire identique, la production est plus faible. Le niveau de formation explique les disparités de salaires car la productivité étant liée à la qualification, plus le diplôme est élevé, plus le salaire est élevé. Toutefois, l’âge (synonyme d’expérience) intervient, ainsi que le sexe (malgré l’interdiction légale des discriminations). Dans l’Union européenne, les hommes ont en moyenne ont un salaire supérieur de plus de 16 % à celui des femmes.

C. L’évolution des inégalités de niveau de vie

1. La courbe de Kuznets

Simon Kuznets, prix Nobel d’Économie en 1971, a étudié les relations entre la croissance économique et la répartition des revenus. Selon lui, les inégalités de revenus suivent une courbe en U inversé au cours de l’industrialisation et du développement économique des pays. Les premières étapes de l’industrialisation s’accompagnent d’une importante augmentation des inégalités (appauvrissement des pauvres et enrichissement des riches). Puis ces inégalités diminuent avec la croissance du PIB.

2. La remise en cause de la courbe de Kuznets

D’autres facteurs que le développement agissent sur la réduction des inégalités : tout d’abord la politique sociale en matière de redistribution des revenus, le progrès technique, et l’augmentation du niveau d’éducation de la population.

Selon la théorie de Kuznets, les inégalités de revenus ont d’abord tendance à s’aggraver avec la croissance économique dans les pays pauvres, alors que la croissance les fait diminuer dans les pays riches. Les faits ont donné raison à Kuznets jusque dans les années 1980, mais cette théorie est fortement remise en cause aujourd’hui avec l’augmentation, depuis une vingtaine d’années, des inégalités dans les pays industrialisés. Non seulement l’écart entre les plus riches et les plus pauvres s’est aggravé, mais également celui entre la classe moyenne et les plus riches.